Claude Berri

Claude BerriUn peu ours (normal, il l’a produit), un peu pressé (normal, il en a dans le citron), Claude Berri a délaissé pendant 50 minutes ses multi-activités pour répondre aux questions de Pascal Le Gleut. Un grand du cinéma français parle.

Claude Berri acteur-metteur en scène-producteur et désormais éditeur vidéo. Ça fait beaucoup pour un seul homme, non?

On évoque souvent cette boulimie à mon propos, mais je fais chaque chose avec passion, sans me poser la question. En ce qui concerne la vidéo, je dirai que c’est le prolongement de la vie d’un film. Il me paraissait naturel d’avoir ce département «Les films de ma vie» pour ce média, même si je reste un fervent défenseur de la salle pour la première vision. C’est une nouvelle exploitation d’un film, c’est tout.

Vous diriez donc comme François Truffaut, l’instigateur moral de cette collection, «Je suis cinéphile, j’aime la vidéo»!

Il n’y a plus de salles de quartier comme dans le passé qui permettaient de revoir les films, et la vidéo est le nouveau moyen pour un cinéphile de visionner en toute tranquillité des productions qu’il a appréciées en salle. Le prix des locations, et surtout de la vente, a baissé de manière assez significative pour que s’instaure en plus une notion de collection.

Pourquoi n’avez-vous pas créé votre propre structure de distribution de cassettes?

Je n’ai jamais eu l’intention et les moyens de mettre en place une société d’édition et de distribution. Fil à Film a une organisation lourde et solide qui nous convient parfaitement. Entre les films que je produis et ceux que produit AMLF, j’ai accès à des droits, j’édite les films et Fil à Film se charge du reste.

Quelle est la politique de choix pour «Les films de ma vie»?

On sort aussi bien des films récents comme «L’ours» ou «Itinéraire d’un enfant gâté» que des productions plus anciennes de Louis Malle, Rossellini, Renoir ou François Truffaut. Le titre de la collection a été choisi en hommage à ce dernier, et tous les films sont choisis en accord avec une philosophie fondée sur l’éclectisme, mais surtout sur la qualité. Dans le même esprit, on aurait pu appeler cette collection «Les cinéastes de notre temps».

Est-ce que vous êtes un gros consommateur de cassettes?

Jusqu’à présent, je dois vous avouer que je n’ai pas été un grand vidéophile. Encore une fois, je préfère d’abord voir les films en salle. J’attends que les écrans haute-définition fassent leur apparition pour peut-être plonger plus avant. Je suis plus un vidéophile par intérêt que par plaisir absolu. Mes fils sont, eux, des grands fans du magnétoscope.

Claude Berri 2Changeons de sujet. Vous avez produit le «Valmont » de Milos Forman.Les résultats ne semblent pas être à la hauteur de vos espérances?

Il faut croire que les gens ont en grande partie vu «Les liaisons dangereuses» et hésitent à aller voir «Valmont». Espérons que le film connaîtra une belle carrière en vidéo comme c’est souvent le cas aux États-Unis. Sans généraliser, on peut constater que certains succès en salles aux USA, comme par exemple «Crocodile Dundee», ne connaissent pas la réussite en vidéo et inversement. Dans ce pays où la vidéo a une autre place qu’en France, ne serait-ce qu’au niveau de la production, on a droit à d’agréables surprises.

Vous travaillez avec de grands metteurs en scène. Comment considérez-vous, par exemple, le succès international de Jean-Jacques Annaud?

C’est sans doute le meilleur réalisateur européen à l’échelle mondiale. J’ai un grand attachement pour Annaud qui remonte à de nombreuses années. C’est François Truffaut qui me l’avait présenté et je l’avais aidé à faire son premier film, «La victoire en chantant». Je produis bientôt «L’amant», d’après l’œuvre de Marguerite Duras, qu’il est en train de préparer et je produirais sûrement le suivant.

Au moment où sort «Ripoux contre ripoux» de Claude Zidi, un des autres metteurs en scène avec qui vous avez beaucoup travaillé, que pensez-vous de ce phénomène de suites dont sont très friands les Américains?

Le cinéma est une industrie, surtout pour les Américains. Ils exploitent ce créneau des suites parce qu’il fonctionne et que la clientèle en demande. Le genre de cinéma qu’ils font se prête à cela. En France, nous n’avons pas les mêmes motivations. De plus, dans le cas de «Ripoux contre ripoux», il s’est passé plusieurs années avant que Zidi ait envie de reconduire ses personnages dans une nouvelle aventure. Aux USA, le premier film est à peine sorti que la suite est déjà prévue, si ce n’est déjà en cours de production.

Nous allons bientôt (re)découvrir Claude Berri acteur dans «Stan the flasher», le quatrième long métrage de Serge Gainsbourg. Comment s’est déroulé le tournage avec votre ami Gainsbarre?

C’était une aventure basée sur l’amitié et l’admiration. Cependant, je n’ai pas l’intention de faire une carrière d’acteur, et ma dernière expérience remonte à «L’homme blessé» de Patrice Chéreau. À la suite de ce film, j’avais reçu différentes propositions auxquelles je n’ai pas donné suite. Pour le reste, vous verrez le film. On en parlera quand vous l’aurez vu.

Des réactions sur quelques confrères de la profession. Toscan du Plantier…

(Enervé). Je ne répondrai certainement pas à ce genre de question.

Christian Fechner…

No comment.

Auprès du grand public,vous êtes surtout connu comme le réalisateur de «Jean de Florette» et«Manon des sources».Comment expliquez-vous ce colossal succès?

Claude Berri 3C’est simple, les gens ont vraiment aimé les films. À tel point que dans un sondage récent, ils sont considérés comme les films préférés des années 80. Il n’y a rien à dire de plus.

Quelle est votre réaction à ce qui s’est passé dans les pays de l’Est?

C’est extraordinaire. Les gens étaient vissés devant leur téléviseur. Il n’y a pas un film qui résiste à une actualité pareille. L’année 89 a été un grand cru. Je ne pourrais vous dire que des banalités.

Que pensez-vous de la télévision française?

Je regarde beaucoup la télévision, mais pas vraiment les films. Je les regarde par morceaux. J’apprécie plutôt les reportages et les émissions diffusées après 22 heures. Il paraît qu’on ne peut pas faire du culturel à 20 h 30, alors je m’adapte, même si je trouve cela stupide. On arrive à trouver son compte avec six chaînes et même maintenant sept. Il faut simplement que la Sept puisse être vue.

En tant que producteur, êtes-vous pour la loi sur la hiérarchie de diffusion des films entre la salle, la vidéo et la télévision ?

Il ne faut pas habituer les gens à voir les films trop vite après la sortie en salles. Je sais bien que c’est courant aux États-Unis, mais là-bas, la vidéo participé au moins pour 1/3 à la production. Aujourd’hui en France, l’essentiel de la recette est fait par la salle. Je suis la loi et ses délais. Il ne faut jamais oublier que l’argent gagné par un film permet de monter un ou plusieurs autres films. Je dirai donc : «Allez en salle et achetez beaucoup de cassettes !».

Êtes-vous condamné à faire des films à gros budgets?

Pas vraiment. J’ai participé à de nombreux films à petits budgets comme ceux de Pialat, de Téchiné et Doillon. Les projets que j’ai avec Milos Forman, Jean-Jacques Annaud, ou même «Jean de Florette» et «Manon des sources», ne peuvent se monter avec trois francs six sous. Il faut simplement adapter le budget au potentiel du sujet et ne pas investir trop d’argent sur un film qui a peu de chances d’entrer dans ses frais. C’est un métier… Avec Milos Forman, on peut penser qu’il y aura du monde dans les salles. L’ennuyeux, c’est lorsqu’on produit «La Révolution française»…

Quels sont vos projets à court et longs termes?

En tant que réalisateur, je débute bientôt le tournage d’«Uranus», d’après Marcel Aymé, avec Philippe Noiret et Gérard Depardieu. En 91, j’ai un projet de film avec Peter Falk et Kim Novak. Mais je ne peux pas en dire plus…

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