Interview de Christophe Lambert

christophe lambertDepuis que Christophe se fait appeler Christopher, au générique de ses films tournés en anglais, depuis qu’il a épousé l’actrice américaine Diane Lane, depuis qu’il s’est installé dans une confortable villa avec piscine à Los Angeles, juste au-dessous des fameuses lettres géantes composant le mot «Hollywood», le public français a un peu le sentiment que son «Petit Prince» est allé voir ailleurs si l’herbe était plus verte. L’impression est confirmée par «Why me?», comédie-thriller américaine très mouvementée où il interprète un artisan cambrioleur soudain traqué par les nationalistes turques, les révolutionnaires arméniens, le FBI, la police et la pègre. Et «Highlander 2» suivra immédiatement après! Mais malgré sa carrière internationale (la seule vraiment réussie par un comédien français), Totophe, comme le surnomment ses amis, n’a rien renié de ses racines. Bien au contraire! «Je passe environ trois mois en France, quatre mois aux États-Unis et cinq mois ailleurs pour un tournage, une promotion ou des voyages. Il faut que je bouge. J’ai passé Noël et le jour de l’an à Boston, où Diane (Lane) joue une pièce, «La nuit des rois» de Shakespeare. Elle a joué une série TV qui est un fabuleux succès, «Lonsomedove», et elle vient de tourner «Vital sights» de Marisa Silver. Pour elle, le théâtre, c’est un retour aux sources. Moi, je n’ai pas envie de faire du théâtre pour l’instant, je ne me sent pas prêt.»

Pourquoi as-tu choisi détourner «Why me?» qui est un pur et très agréable divertissement?

Je n’avais jamais tourné une vraie comédie d’action. En fin de compte, «Why me?» est un peu un retour à ce que je faisais avant «Le Sicilien» ou «Le complot», c’est-à-dire des films plus adaptés à ma personnalité. À un moment de ma carrière, il y a trois ans, j’avais besoin de savoir où je devais me diriger. J’ai essayé de tourner dans des films différents. Et j’ai compris que je ne devais pas faire de films qui aillent à l’encontre de ma personnalité. Je préfère m’amuser sur un plateau et faire «Why me?» ou «Highlander 2» plutôt que «Le Sicilien» ou «Le complot». Je ne suis pas un acteur de composition. Je ne renie pas «Le Sicilien» ou «Le complot», j’ai été heureux de les tourner, mais ça a été douloureux mentalement. Quand j’ai fait «Why me?», je me suis amusé. J’ai compris que, pour être heureux, je ne devais pas forcer ma nature, mais interpréter un personnage adapté à ce que je suis. Je ne fais pas ce métier pour être malheureux en me levant le matin, tellement le personnage est lourd. Aujourd’hui, je sais ce que je ne veux pas faire. Ce métier me permet de rêver ma vie et j’ai envie de vendre ce rêve. Je me suis demandé, à un moment, si j’avais encore la passion de ce métier. En tournant «Why me?», j’ai compris que ma passion était intacte. Quand je tournais à 4 heures du mat’, j’étais heureux.

Mais à ne vouloir jouer que des rôles proches de soi, ne risque-t-on pas de se répéter?

Comme je l’ai déjà dit, je ne suis pas un acteur de composition. Je n’ai rien à prouver aux professionnels. Je n’ambitionne pas d’Oscar. Je préfère être Clint Eastwood plutôt que Robert de Niro. Pourtant, Dieu sait que j’adore de Niro.

Dans «Why me?», il y aune scène très impressionnante où tu es réellement accroché à la façade vitrée d’un building.

Tu acceptes, quinze jours avant de tourner une scène, de ne pas être doublé. Mais quand tu vois au-dessous de toi des petits arbres de 3 centimètres et des nains à côté, tu te dis que tu es complètement cinglé. À 80 mètres du sol, pendant 25 minutes, tenu par une simple corde, ça fout la trouille, mais c’est génial. Pendant la prise, tu ne penses à rien, mais, entre les prises, pendant les changements d’objectifs, tu balises. Tu as une impression d’immense solitude. Tu le fais parce que tu aimes le metteur en scène, le film. TU ne réfléchis pas, tu te donnes totalement.

Christophe«r» Lambert est donc devenu un comédien américain !

christophe lambert2Plus acteur international qu’autre chose. En fait, je ne tourne pas plus aux États-Unis qu’ailleurs. Actuellement, je cherche un film français. De toute façon, le cinéma s’ouvre de plus en plus sur un marché international. Je ne vois pas pourquoi je me priverais du double avantage de faire des films en France et de tourner en anglais.

Comment es-tu perçu par le public américain ?

Aux États-Unis, les professionnels me connaissent et les gens dans la rue me reconnaissent même si, parfois, ils n’arrivent pas à mettre un nom sur mon visage et m’appellent par mes rôles.

Quelques méchantes langues disent que tu es un alibi pour des boîtes américaines qui produisent des films principalement destinés à l’exportation et que ta carrière américaine est plus perçue de l’Europe que des États-Unis…

Je tourne les films que j’ai envie de tourner. En fin de compte, il n’y a pas de marché européen et de marché américain. Il n’y a pas de règle. On ne sait plus ce qui va marcher aujourd’hui. Les gens. ont envie de voir un acteur dans un certain style de rôles et le refuse dans d’autres. L’important, pour un acteur, est de savoir où on le situe. Et pour cela, il faut toucher à différents styles de films.

Mais tourneras-tu encore un film français?

Ce qu’on ma offert en France ou en Europe, ces derniers temps, ne m’intéressant pas, je me suis tourné vers des projets américains. Le seul film français digne d’intérêt qu’on m’ait proposé était «Le grand bleu». Je ne l’ai pas accepté parce que j’avais le sentiment — à juste raison — d’avoir déjà fait ce genre de prestations dans «Greystoke», en plus avec succès. Luc Besson l’a très bien compris et nous sommes restés amis. Quand on s’investit pendant huit mois de tournage, il faut aimer le projet.

Tu as choisi cependant de t’installer aux États-Unis.

Je suis parti aux États-Unis pour monter le projet «Why me?», il y a un an et demi. Vous ne dites pas à un r acteur américain qui a passé un an et demi en France pour tourner un film, vous êtes français maintenant. Et puis j’y suis resté parce qu’on a commencé la préparation de «Highlander 2».

Comment restes-tu en contact avec la France?

Par téléphone, je dois parler avec la France environ 67 fois par semaine. Il n’y a pas une journée où je ne téléphone pas au moins trois fois en France. Je sais quels films sortent sur les écrans, je m’intéresse aux chiffres.

Tu sais donc qu’en France, il y a une crise de l’exploitation en salles.

Les gens ont payé pendant dix ans, ils ont été tout voir, du n’importe quoi au formidable. Aujourd’hui, ils font une sélection, c’est tout. Quand je vois qu’a Indiana Jones et la dernière croisade» fait 800 000 entrées en deux semaines, on ne peut pas parler de crise. Il faut une envie, un sujet qui séduise et détende les spectateurs. On leur a donné dix-sept fois le même polar, quinze fois la même histoire d’amour. Aujourd’hui, ils regardent ce genre de films à la télévision… Quand j’ai fait «Le complot», je savais très bien que ce film ne ferait pas un carton. «Le complot» aurait pu être un gros succès en mai 1968, mais pas aujourd’hui.

Le tournage d’«Highlander 2» commence dans quelques jours…

Non, je ne raconterai pas l’histoire. Il faut garder le mystère intact. Je peux seulement dire que ça se passe en 2025, qu’il y a beaucoup d’action, que Russell Mulcahy réalise à nouveau le film, que Sean Connery est partant et que tout se tourne en Argentine. Dix-huit semaines, dix de studios et sept en extérieurs. Les paysages sont hallucinants. Je n’ai jamais vu ça de ma vie. Tu passes du pôle Sud à la forêt équatoriale, du désert des Lunes qui a 185 millions d’années, qui est blanc, rose et gris, à la cordillère des Andes. C’est comme cinq pays en un!

Qui a eu envie d’une suite d’«Highlander»?66ème Festival de Venise (Mostra)

Tout le monde. Mais on voulait, au niveau du scénario, que l’histoire soit meilleure que celle du premier film. Ça a pris deux ans et demi d’écriture et de préparation. Russell Mulcahy a le talent qu’il faut pour mettre tout ça en images. Je n’aurais pas fait «Highlander 2» sans lui. Le film lui appartient. Il a besoin de réfléchir sur la mise en scène, sur le mouvement des caméras. Vous verrez «Highlander 2» entre décembre 1990 et février 1991.

La presse américaine a écrit que l’une des raisons pour lesquelles «Highlander» n’a pas marché aux USA était la question des accents. Ton accent français ne convenait pas à un Écossais, l’accent gallois de Connery ne convenait pas à un Espagnol…

Quand on entend l’accent autrichien de Schwarzenegger, on sait que, pour le public américain, les accents n’ont pas d’importance, tant que l’on comprend ce que le comédien dit. L’insuccès d’«Highlander», aux États-Unis, vient d’une seule raison. Les producteurs étaient en procès avec la Fox, et ils ont gagné. La Fox distribuait le film, mais ne l’aimait pas dès le départ. Comme elle a dû payer aux producteurs des sommes astronomiques, elle a décidé d’arrêter les frais, et «Highlander» est sorti sans aucune publicité à la télévision ni dans les journaux. Le film a eu un succès phénoménal sur le câble et en vidéo. S’il avait été un peu poussé, il aurait facilement doublé ses recettes en- salles. C’est très facile de tuer un film. On le sort dans mille salles le premier week-end. Il n’est plus que dans trois cents salles la semaine suivante, puis il disparaît avant le troisième week-end.

Est-ce que tu aimes vivre en Californie?

Hollywood, c’est d’abord un lieu de travail. Il fait beau et chaud en permanence, on peut se baigner dans des piscines et au bord de la mer toute l’année, mais il y a beaucoup plus de douceur de vivre en France que là-bas. Il n’y a pas le charme et le côté relax des Français. Si on ne travaille pas, on déprime. C’est pour ça que, là-bas comme ici, je travaille tout le temps. Je ne peux pas rester assis et attendre. Je suis très impatient de nature. Alors, plutôt que d’attendre, je provoque. J’ai fondé une compagnie de production (AFCL) en France, avec Anne François, et on monte des films internationaux, notamment «Brother’s Keeper» écrit par Donald Westlake. Et j’ai, aux États-Unis, une autre compagnie nommée Lamb-Bear, financée en partie par les Français Jean-Bernard Fetoux et Pierre Kalfon. On a des projets en préparation. Être crédité comme producteur ne m’intéresse pas. Je veux simplement susciter ou découvrir des projets adaptés à mes envies de comédien.

Il a été question d’un «Greystoke 2».

Mais je ne crois pas que ça se fera… L’avantage de « Highlander» est que le héros est immortel. Donc il peut changer d’époque et ça devient un autre film.

Et après «Highlander 2»?

Cette année, je veux faire trois films : «Highlander 2», un film français et un autre film américain. Pas par angoisse, mais parce que j’ai envie de tourner, parce que, ces trois dernières années, avant «Why me?», je me suis fait chier. Là je suis heureux, je sais enfin dans quelle direction je dois chercher mes .personnages.

Est-ce facile d’être marié à une comédienne?

On parle métier, mais chaque acteur a sa vision personnelle d’un rôle. C’est très difficile d’être objectif. Je lis et je lui donne mon avis. J’essaye d’être objectif. Trois ou quatre fois, je lui ai dit : change de registre, tu joues tout le temps les petites amies ou les prostituées. Mais c’est elle qui décide de prendre le risque ou de ne pas le prendre. Elle réagit selon sa personnalité, je n’ai pas à juger.

Et le couple parvient à survivre, quand l’un joue sur scène à Boston et l’autre tourne en Argentine?

C’est une question de confiance et d’efforts. On trouve des terrains d’entente. Il y a des moments où l’on souhaiterait que l’autre soit avec soi et qu’il abandonne son métier. Mais il y a un côté agréable à être séparés, même si les retrouvailles sont parfois difficiles. Je ne pourrais pas vivre avec quelqu’un quinze heures par jour! Je deviendrais complètement barge!

Des enfants?

Non, pas pour le Moment! Je n’ai pas envie de trimballer un enfant dans des avions ou des chambres d’hôtel. On comprend pourquoi, à quatorze ans, certains deviennent cinglés. Je ne ferai pas d’enfant tant que je ne pourrai pas m’en occuper.

Diane et Christophe se retrouveront-ils sur un plateau de cinéma ?

christophe lambert4On en a envie parce que la précédente expérience, «Dream lover», a été massacrée par le producteur qui a renvoyé le metteur en scène et a monté le film lui-même. On ne refait pas un film au montage. Il a voulu faire d’un film baroque un film commercial. C’était comme faire du «Complot», «L’inspecteur Harry»! Le responsable, c’est un certain Achille Manzotti qui n’est pas un vrai producteur, mais un mec qui veut faire du pognon. Avec Diane, on se retrouvera sur un plateau, mais, cette fois, ce sera avec des gens qui ont ma confiance.

Le monde bouge autour de toi. Est-ce que ça intéresse le comédien qui interpréta le père Popielusco dans «Le complot»?

Ce qui se passe en Europe de l’Est est génial! Le mur de Berlin qui s’écroule! On m’en a donné un bout, je le garde. Voir des gens qui sont émerveillés par ce qui nous semble normal devrait nous donner à réfléchir. Gorbatchev est vraiment un type extraordinaire! Il doit en entendre tous les jours au Comité central. Je m’étonne qu’il soit encore en vie. Pour moi, c’est le premier démocrate communiste, un être humain qui gouverne pour le peuple, pas avec la répression et l’idéologie! Propos recueillis par Gilles Gressard

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>