Le sale vieux du pétrole

Jock Ewing, ce vieux chacal dégingandé, sac d’os brûlé par le soleil du Texas, a bâti sa fortune en pillant le pétrole des autres. Le prospecteur Digger Barnes, le père de Pamela, s’est ainsi fait rouler. Jock Ewing lui a volé ses puits, ses concessions, sa petite amie, à laquelle il a fait une tripotée de gosses. Parmi lesquels, bien sûr, l’insoutenable Bobby, petit poisson perdu dans une giclée d’or noir trop dense pour ses écailles, et l’inénarrable JR, le plus grand héros vivant du Texas – en tout cas jusqu’à l’avènement christique de l’actuel président des USA Jock Ewing, non content d’avoir eu JR, Bobby et Gary, l’oublié du ranch, s’est aussi payé un bâtard, qui lui sert de métayer : Ray Krebbs, c’est aussi son fils, qu’il loge dans les remises de la belle demeure familiale.

Mais pourquoi Jock Ewing est-il aussi insupportable? La légende voudrait que dans les années 60, tandis que sa femme, l’également insupportable Miss Elie (qui aurait mieux fait de se faire parasiter les ovaires et rentrer dans les ordres) gardait les mômes, lui se serait retrouvé par hasard dans un concert de garage-rock psychédélique. Là, Roky Erickson, le chanteur des 13th Floor Elevators, lui aurait fait gober plus de pilules que de raison, et Jock aurait alors vu Dieu. Sa vision n’avait rien d’idyllique, mais elle lui a montré la voie à suivre: une gerbe de pétrole brut, géante et visqueuse, d’un noir lumineux, recouvrant tout le ciel. Depuis, Jock ne boit que du bourbon et s’est décidé à accomplir l’œuvre tragique de Dieu : l’apocalypse par le pétrole texan. On l’a ainsi longtemps cru mort, enterré à l’ombre de Southfork. Vivant, il joue à l’espion, quelque part entre l’Irak et la péninsule arabe.

Les puits de pétrole du coin, c’est toujours lui, la torche à la main, qui les fait flamber le premier.

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