Philippe Aubert

Quelle est la réaction OU l’appréhension d’un interviewer interviewé ?

Philippe AubertD’abord c’est très reposant de passer de l’autre côté du micro. Mais instinctivement, on a tendance à adopter des réflexes professionnels qui consistent à analyser le travail de l’autre et à ne jamais trop se dévoiler. La méfiance est de rigueur…

Imaginons un univers horrible où Mathilda May n’existerait pas. Vous jetez votre dévolu sur : Béatrice Dalle, Régine, Ornella Muti ou Bernard Rapp?

Certainement pas Béatrice Dalle. Elle ne m’attire pas du tout. Régine non plus. Ornella Muti à la limite, mais elle est un peu démodée. Réflexion faite, je choisirais Bernard Rapp…

Pourquoi avez-vous quitté votre «bien-aimé protecteur» Jean-Luc Laqardère(L’Express 11.11.88) ?

Simplement pour faire autre chose. Il se trouve qu’on me proposait une heure d’émission sur France Inter contre trois minutes matinales sur Europe 1. Les horaires étaient moins astreignants et la tranche 18-19 h plutôt attirante. Je me suis vite laissé tenter.

Vous avez adopté un autre rythme…

Cela devenait épuisant. Je me couche parfois à l’heure où je devais me lever! Mais le travail est totalement différent. C’est comme si vous vouliez comparer un prix de Fi avec le Paris-Dakar. D’un côté, vous avez trois minutes à la plus grosse heure d’écoute de la meilleure radio d’information, de l’autre, un magazine d’une heure, avec une plus faible audience, mais avec une qualité d’écoute bien supérieure. La formule de mon émission est moins contraignante et me permet de manifester certains goûts artistiques. La musique que j’aime y tient une place plus importante, du jazz au Top 50, en passant par les sixties de ma jeunesse. Je reprends un peu le flambeau de Pierre Bouteiller, aujourd’hui directeur des programmes.

Sur Europe 1, vos revues de presse ne laissaient place à aucune improvisation. Êtes-vous perfectionniste ou fuyez-vous l’improvisation ?

Tout devait être écrit noir sur blanc, chronométré à quinze secondes près, et ce, pour des raisons techniques. Cet exercice vous oblige à être extrêmement rigoureux, mais de toute façon, à moins d’être exceptionnel, je ne vois pas comment un animateur peut faire une émission sans texte!

Vous arrivez à France Inter frais et dispo…

A Europe 1, j’arrivais mal rasé, avec le jean de la veille… Ici, je revis! Vous avez donc appris à connaître le monde de la nuit…J’étais ascétique par obligation, mais maintenant je me défoule. Je peux enfin sortir, aller au théâtre, dîner au restaurant sans que cela pose des problèmes. Mais les boîtes de nuit enfumées ne font pas partie de mon univers.

Certains présentateurs-animateurs de TV souffrent d’une excroissance inexplicable à la tête et aux chevilles. Craignez-vous une éventuelle contamination?

Si je dis non, on va dire que j’ai la grosse tête! Ce n’est pas à moi de juger. Bernard Rapp est une vedette qui a su garder les pieds sur terre, mais il est vrai que certains présentateurs sont contaminés. On les reconnaît à leurs lunettes noires et à leurs rares apparitions sur le petit écran ! Toutefois, je me rends compte que la notoriété fait découvrir un monde nouveau qui peu influer sur votre comportement. Je comprends que certaines personnes soient agacées par leur vedettariat. Moi, je ne porte pas de lunettes, pour être sûr d’être reconnu! Et quoi qu’il en soit, la protection essentielle est sans doute l’humour cathodique.

Votre nouvelle tranche horaire sur France Inter vous mettait en concurrence directe avec votre complice du petit écran, Bernard Rapp. Aux dernières nouvelles, il vous a rejoint sur France Inter. Heureux?

Il y a des hasards sympas. La concurrence était amusante. Mais, à long terme, ça aurait pu devenir gênant.

L’équipe de la défunte «Assiette anglaise» s’est vu attribuer un 7 d’or honorifique pour la catégorie «Meilleur magazine culturel ou artistique,d’actualité ou de débat». Rêvez-vous à de telles distinctions pour les émissions de radio?

Oui et non. Tout le monde trouve ça ridicule par principe, mais les récompenses sont attribuées par la profession. Ce n’est pas un Micro-trottoir. Ce «trophée» a fait plaisir à toute l’équipe, mais l’interruption de «L’assiette…» laisse un petit goût d’amertume.

Vous ne trouvez pas que la nouvelle émission que vous animez avec Bernard Rapp ressemble à beaucoup d’autres?

L’idée de départ était de choisir un invité et de le remettre en cause. Cela n’a malheureusement pas fonctionné.

Parlons de vous. Êtes-vous vidéophile ou vidéophobe?

Je suis vidéophile, mais je n’enregistre pratiquement jamais. Si je n’ai pas le temps de voir un programme en direct, je ne le trouverai pas non plus à un autre moment. Je suis ravi lorsque je peux voir des vieux films grâce à la vidéo. J’ai récemment eu l’occasion de revoir «Fahrenheit 451» de François Truffaut, grâce à la collection de Fil à Film, et c’est très agréable. Seulement, mon manque de disponibilité me contraint à n’utiliser la vidéo que pour des raisons professionnelles. Elle me permet de faire l’autocritique des émissions dans lesquelles j’interviens.

Côté bouffe, vous êtes plutôt Robuchon ou Roger la frite?

J’adore bien manger, mais je vais régulièrement dans les McDo…

Sportif, ou seulement au volant?

Je hais le sport. Le sport est nuisible, la preuve, tous les sportifs sont malades, et ça ne sert à rien. À mon avis, le sport doit être intellectuel, il différencie l’homme de l’animal. En revanche, je suis capable de regarder comme un imbécile un grand prix de Fi à la télé.

Vous aimez les voitures!Votre Porsche va bien?

Oui, mais nous avons un problème, nous avons perdu notre cendrier.., ma seule vraie panne depuis quinze ans. C’est tout à fait raisonnable.

Question ciné : quels sont les films qui vous ont marqué récemment?

«Les liaisons dangereuses», «Indiana Jones et la dernière croisade». Côté français, «Monsieur Hire»

Votre comique favori?

C’est platement, mais inévitablement Coluche. Il a fait éclater le langage, écrasé la taboue et instauré une communication avec les jeunes. Je redécouvre également Le Luron et Desproges, et je ne résiste pas au génie poétique de Devos.

Vous aimez l’humour incisif, surtout vis-à-vis de la politique!

L’humour doit être agressif et attaquer le pouvoir, la puissance. Bedos est un bon exemple. La génération de nouveaux humoristes gentillets qui font sourire ne m’enthousiasme pas. On se croirait revenu à «l’avant Raynaud». Les Inconnus donnent l’impression de vieux gras. L’humour raciste d’Eric Blanc ou de Smain est un jeu ambigu qui se retourne contre eux. Quant aux hommes politiques, ils ne me font pas rire, même s’ils sont souvent ridicules Je respecte la politique, qui n’est finalement pas si mal faite en France.

Plus sérieusement, avez-vous constaté certains changements radicaux à la radio après 81?

L’évolution a commencé doucement en 74, mais en 81 la gauche a été la première à tolérer la contre-publicité. J’ai connu l’époque où le ministre de l’Intérieur donnait son accord pour les titres du 20 heures. Giscard avait la télé à son service, ça ne l’a pas empêché d’être battu…Aujourd’hui, la différence est incroyable.

La radio : hasard ou vocation?

Incontestablement vocation, depuis l’enfance.

Si je vous dis, après la reine Christine, le roi Aubert au JT?

Jamais Chacun son truc.

Continuons dans le domaine du 20 heures. Seriez-vous prêt, comme Bruno Masure, à subir une interview hard ?

Non. Bruno est dans une situation équivoque, car il fait de l’humour au seul endroit où il ne faut pas! Ce qui engendre un mélange de gags et de drames, où les faits divers rigolos enchaînent sur 20000 morts. Le journal, sans devenir lugubre, doit éviter la déconnade. En revanche, dans le sens de la parodie, le JTN des Nuls était formidable.

Dans le style pince-sans-rire, que pensez-vous d’Antoine de Caunes sur Canal +?

Il est simplement parfait. Son texte est tellement bien écrit qu’il devrait essayer la radio! De la TV, on ne retient que l’image…

Et les grandes gueules genre Dechavanne?

C’est l’exemple typique de ce qu’il ne faut pas faire, et qui représente la négation du journaliste, s’il se considère encore comme tel… Il crée des scandales aux dépens d’invités désorientés. C’est un racolage qui est bien loin d’égaler le débat informé à la Polac.

Foucault, Sabatier, Martin…, c’est démago et compagnie pour vous?

Le principe ne me choque pas, sauf peut-être Foucault qui viole l’intimité d’un inconnu pour le transformer en vedette d’un soir.

À part «Tranche decake», quelle est la meilleure émission de TV?

Le choix est mince. «Cinéma-cinémas», «Mon zénith à moi», «Top 50»… J’aime Pivot, Mitterrand, Ardisson, et même les téléfilms débilos pour me détendre.

Vous rêvez de participer au «Juste prix» ou à«Tournez manège»?

Je n’irai jamais dans ce genre de trucs, et je suis suffoqué d’y voir des intellos qui viennent vendre leur dernier livre…

Vous êtes tiraillé entre télé et radio. Que deviennent la famille, les hobbies?

J’ai deux petites filles de douze et sept ans que je souhaiterais voir plus souvent. Il faut éviter le piège qui consiste à tourner en circuit fermé dans la profession. Je vais au bistrot, dans la rue, au resto, pour me renouveler. Ma passion ? Les voitures anciennes. Je craque surtout pour les Bugatti auxquelles j’ai consacré un livre. Si j’héritais de 10 milliards, j’investirais sans hésiter. La hausse des bagnoles de collection me semble scandaleuse. On devrait faire passer un examen aux acquéreurs pour s’assurer qu’ils savent comment elles marchent, d’où elles proviennent…

Revenons à la radio, vous affectionnez le secteur public…

J’y ai travaillé pendant sept ans, je suis parti à Europe 1, et je reviens!

Des propositions pour la télé?

Oui, mais c’est encore trop tôt. Je ne me sens pas capable, comme certains, de me répandre à la TV, à la radio, de faire des séances de photos et des inaugurations de supermarchés.

À quelle question détestez-vous répondre?

Je ne sais pas vraiment. Sans doute, comme tout le monde, à celles qui concernent la vie privée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>